Le biwa est un instrument emblématique de la culture musicale japonaise. Issu d’un long processus de transmission et d’adaptation, ce luth à manche court et à caisse en forme de poire occupe une place singulière dans l’histoire du Japon, à la fois dans les cercles aristocratiques, religieux et populaires. Cet article explore les origines du biwa, son évolution historique, sa symbolique, ses contextes d’usage et les formes variées de sa pratique.

Origines et introduction du biwa au Japon

Le biwa, dont le nom vient du chinois pípá, a été introduit au Japon à la fin du VIIe siècle, en même temps que d’autres instruments venus de Chine et de Corée dans le cadre de l’importation du gagaku, la musique de cour impériale. L’un des premiers exemplaires japonais connus est le biwa Hakuhô, conservé aujourd’hui au musée de Sakura, à Chiba. Il aurait été utilisé au temple Kakurinji, dans la région de Hyôgo.

Dans ses formes anciennes, le biwa possède quatre ou cinq cordes et se joue à l’aide d’un grand plectre en bois, souvent en forme d’éventail. Sa tête est inclinée vers l’arrière à angle droit, à l’instar d’autres luths orientaux comme le oud. La structure de l’instrument est ainsi restée stable à travers les siècles, bien que son usage ait connu des évolutions notables.

Le biwa au sein du gagaku

Le biwa a d’abord été intégré au répertoire du gagaku, cette musique de cour introduite au Japon avec la centralisation politique et culturelle de l’époque Asuka (538-710). Plusieurs instruments luxueux sont conservés au dépôt du Shôsôin du Tôdaiji, témoignant de cette époque. Cependant, l’usage réel de ces instruments dans les cérémonies reste incertain, comme en témoigne le manque de mentions détaillées dans les chroniques impériales, telles que le Shoku Nihon-gi.

Il semble que le biwa, comme d’autres instruments venus de Chine (notamment la harpe kugo et le luth à cinq cordes genkan), ait été peu utilisé à l’époque Nara (710-794), avant de connaître un regain d’intérêt à l’époque suivante.

La réforme musicale et le renouveau du biwa à l’époque Heian

Au début de l’époque Heian (794-1185), le biwa trouve une nouvelle place dans les pratiques musicales, notamment à la cour impériale. Une réforme musicale non formellement documentée, mais attribuée à l’empereur Ninmyô (règne de 833 à 850), conduit à une redéfinition du rôle des instruments. Le biwa est alors promu comme instrument de soliste et d’accompagnement intimiste.

C’est dans ce contexte que le noble FUJIWARA no Sadatoshi devient un acteur majeur : directeur de l’Office de la musique (Utaryô), il sert comme joueur de biwa auprès de plusieurs empereurs. Ce cas exceptionnel inaugure la reconnaissance du biwa comme instrument noble, ouvrant même la voie à des femmes de haut rang telles que MINAMOTO no Kiyohime, fille d’empereur et musicienne réputée.

Le biwa et la transmission des savoirs musicaux

FUJIWARA no Sadatoshi joue également un rôle central dans l’instauration de la transmission ésotérique des pièces musicales. Selon une tradition rapportée dans le Nihon Sandai Jitsuroku, il aurait reçu trois pièces secrètes d’un maître chinois, en échange d’un don précieux. Cette pratique d’initiation va se perpétuer dans le cadre d’un enseignement élitiste, basé sur la délivrance de certificats de maîtrise et la transmission limitée des pièces.

Ce système donne naissance à des lignées musicales structurées autour de maîtres et de disciples, souvent sans lien de parenté. Toutefois, certains nobles essaieront d’institutionnaliser leur pratique dans des maisons musicales héréditaires, parfois en adoptant des successeurs prometteurs.

Le biwa dans la vie musicale de la cour

Le XIe siècle marque une large diffusion du biwa dans la société aristocratique. Il devient un instrument prisé pour accompagner les chants saibara, d’origine populaire mais adaptés aux codes du gagaku. Le biwa est également utilisé dans les scènes d’intimité musicale, comme en témoigne le Genji Monogatari Emaki, où le prince Niô-no-miya joue du biwa pour sa bien-aimée.

Cette période voit coexister plusieurs catégories de joueurs de biwa : des empereurs et nobles amateurs, des musiciens-fonctionnaires au service de l’État (dont l’histoire a peu conservé de traces), et les fameux biwa-hôshi, moines aveugles errants.

Les biwa-hôshi et la tradition populaire

Les biwa-hôshi occupent une place particulière dans la transmission orale et populaire. Ces moines aveugles parcouraient le pays pour raconter des récits épiques, notamment ceux des guerres du clan Taira (Heike Monogatari), accompagnés du biwa. Leur rôle dépasse la simple performance musicale : ils étaient aussi porteurs de mémoire, transmetteurs d’histoire et figures respectées dans la culture japonaise.

Cette tradition a perduré jusqu’à l’époque moderne, donnant naissance à plusieurs styles de biwa : le Heike biwa pour la récitation épique, le Satsuma biwa plus rythmique et guerrier, ou encore le Chikuzen biwa, plus lyrique et mélodique.

Le biwa dans les maisons de musique et les lignées aristocratiques

Dans la société aristocratique, la constitution de maisons musicales héréditaires autour du biwa prend de l’ampleur à partir du XIIe siècle. Les membres de ces lignées, souvent issus de la petite noblesse, cherchaient à se légitimer par l’excellence artistique et l’ancienneté de leur transmission. Ils adoptaient parfois des élèves talentueux issus d’autres courants ou milieux.

Un exemple notable est celui de la famille de FUJIWARA no Hirosada, qui adopta le fils du moine Chôkei pour assurer la continuité de sa maison musicale. Ce type de transmission, fondé sur la compétence plus que sur le sang, montre l’importance accordée à la qualité de l’interprétation dans la pérennité des écoles de biwa.

L’évolution du biwa à l’époque médiévale et moderne

Le biwa continue d’évoluer aux époques Kamakura, Muromachi et Edo. Les différents styles se diversifient selon les régions et les usages : récitation épique, méditation bouddhique, accompagnement de théâtre, ou encore divertissement de salon.

Avec la transformation des goûts musicaux et l’apparition de nouveaux instruments comme le shamisen, le biwa perd peu à peu de sa popularité dans les pratiques profanes. Toutefois, certaines formes restent vivantes dans le cadre du bouddhisme ou des performances historiques.

Le biwa est aujourd’hui un témoin précieux de l’histoire musicale du Japon. Instrument de cour, de spiritualité et de récit, il incarne la complexité des échanges culturels et sociaux du Japon ancien. Étudié, transmis et parfois encore joué dans des cercles spécialisés, le biwa continue de porter en lui la mémoire sonore d’un monde raffiné et profondément ritualisé.

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