Le Kōshū Kaidō est l’une des cinq grandes routes du Japon de l’époque Edo, reliant l’ancienne capitale d’Edo (Tokyo actuelle) à la province de Kai (aujourd’hui Yamanashi), avant de rejoindre le Nakasendō dans l’actuelle préfecture de Nagano. Cette route, bien que moins connue que le Tōkaidō ou le Nakasendō, traverse une mosaïque de paysages vallonnés, de villages historiques et de sites culturels remarquables. Suivre le tracé du Kōshū Kaidō aujourd’hui, c’est explorer une facette plus discrète, mais profondément enracinée, du Japon historique.

Origine et rôle stratégique du Kōshū Kaidō

Mis en place par le shogunat Tokugawa au début du XVIIe siècle, le Kōshū Kaidō avait pour but principal de relier Edo à la région centrale de Shinano (Nagano), en passant par la province de Kai. Il constituait une voie de passage essentielle pour les daimyō du centre du Japon lors du système de résidence alternée (sankin kōtai), les obligeant à se rendre à Edo à intervalles réguliers.

Outre ses fonctions administratives, cette route facilitait le transport de marchandises, notamment le riz, les soies, les objets artisanaux et le bois. Sa proximité avec les montagnes en faisait un itinéraire logistique difficile mais essentiel. Avec ses 44 relais (shukuba), elle offrait des haltes régulières aux voyageurs, samouraïs, pèlerins et commerçants.

Le tracé du Kōshū Kaidō

Le point de départ du Kōshū Kaidō est Nihonbashi, le célèbre pont central d’Edo, depuis lequel toutes les routes du Japon étaient mesurées. Il traverse ensuite plusieurs quartiers de Tokyo, notamment Shinjuku et Suginami, avant de s’enfoncer dans l’ouest de la capitale.

La route se poursuit vers Hino, Hachiōji, puis Sagamihara dans la préfecture de Kanagawa, avant de grimper progressivement dans les contreforts des Alpes japonaises. Après avoir traversé Kōfu, capitale de la préfecture de Yamanashi, elle rejoint finalement Shimosuwa dans la préfecture de Nagano, où elle se connecte au Nakasendō.

Les principales étapes et leurs attraits

Shinjuku et Suginami : vestiges urbains

Les premières stations du Kōshū Kaidō traversent des zones aujourd’hui densément urbanisées. À Shinjuku, le quartier de Naitō Shinjuku conserve quelques vestiges de cette période, notamment des panneaux indicateurs et des temples anciens. Dans Suginami, quelques anciennes maisons de relais subsistent, même si elles sont intégrées au tissu urbain moderne.

Fuchū et Hachiōji : témoins d’un passé féodal

Fuchū et Hachiōji étaient deux grandes étapes sur la route, dotées de relais bien équipés. À Hachiōji, plusieurs bâtiments traditionnels subsistent, et des efforts de restauration ont permis de revaloriser certains segments du tracé. La ville abrite également des festivals traditionnels qui commémorent son importance historique.

Les montagnes de Kanagawa : passages escarpés

À partir de Komagino et Kobotoke, la route traverse des zones plus montagneuses. Le col de Kobotoke (Kobotoke Tōge) offre encore aujourd’hui un sentier de randonnée accessible qui suit fidèlement la route ancienne, ponctué de bornes de pierre et de panneaux explicatifs.

Ōtsuki et Katsunuma : paysages viticoles et vallées profondes

Dans la région d’Ōtsuki, la route serpente le long de la rivière Katsura et passe à proximité du célèbre pont de singe (Saruhashi), une structure en bois suspendue utilisée depuis l’époque médiévale. Plus loin, Katsunuma marque le cœur de la région viticole de Koshu, connue pour son cépage blanc indigène.

Kōfu et ses alentours : cœur culturel de Yamanashi

Kōfu, la capitale historique de la province de Kai, était une étape majeure sur le Kōshū Kaidō. On peut y visiter les ruines du château de Kōfu, ancien fief de Takeda Shingen, figure emblématique de la guerre civile japonaise. La ville conserve plusieurs sanctuaires et temples liés à cette période.

Vers Shimosuwa : montée vers les hautes terres

La dernière portion du Kōshū Kaidō mène à travers les vallées encaissées et les forêts de pins du Haut-Suwa. Shimosuwa, jonction avec le Nakasendō, abrite le sanctuaire Suwa Taisha, l’un des plus anciens du Japon. Cette zone est aussi connue pour ses sources chaudes et ses paysages de montagne.

Le Kōshū Kaidō aujourd’hui

De nos jours, la majeure partie du Kōshū Kaidō est suivie par la Route Nationale 20, une importante voie de circulation reliant Tokyo à Nagano. Pourtant, plusieurs segments de l’ancienne route ont été préservés, parfois balisés pour les randonneurs, ou réhabilités en rues piétonnes dans les villes-étapes.

Les amateurs de marche peuvent emprunter des portions restaurées, notamment autour de Hachiōji, Ōtsuki, et Shimosuwa. À certains endroits, des associations locales proposent des visites guidées ou des expositions retraçant l’histoire de la route.

Il est aussi possible de voyager en train le long du tracé, grâce à la ligne JR Chūō, qui suit approximativement le parcours de l’ancienne voie. Cette option permet de découvrir les étapes clés tout en adaptant son itinéraire à la durée du séjour.

Spécialités locales le long de la route

Le Kōshū Kaidō traverse plusieurs terroirs culinaires riches. Dans la région de Yamanashi, on trouve les hōtō, des nouilles épaisses servies dans une soupe de miso avec des légumes. Katsunuma est réputée pour ses vins issus du cépage Koshu, cultivé depuis plus d’un siècle dans les collines environnantes.

À Suwa, les visiteurs peuvent goûter aux sakés locaux, aux truites de rivière grillées, et aux légumes marinés traditionnels. Chaque relais offrait historiquement ses propres spécialités aux voyageurs, perpétuant encore aujourd’hui cette diversité culinaire.

Héritage culturel et artistique

Le Kōshū Kaidō a laissé une empreinte dans la culture japonaise. Il apparaît dans de nombreuses estampes de l’époque Edo, notamment dans les séries d’Utagawa Hiroshige, qui a immortalisé les paysages des routes du Japon.

Le folklore local, les récits de samouraïs en voyage et les chroniques de daimyō ont également nourri une riche tradition littéraire et orale liée à cette route. Dans plusieurs villes, des musées et centres d’interprétation mettent en valeur cet héritage.

Préparer un itinéraire sur le Kōshū Kaidō

Un séjour le long du Kōshū Kaidō peut s’envisager sur quelques jours ou dans le cadre d’un voyage plus long à travers le centre du Japon. Il est conseillé de choisir des tronçons adaptés au niveau de marche souhaité et d’identifier les points d’intérêt majeurs.

Les gares le long de la ligne Chūō permettent une grande flexibilité, tandis que certains villages offrent des hébergements traditionnels, comme des minshuku ou ryokan. Prévoir des chaussures confortables, des vêtements adaptés à la montagne et, si possible, des cartes des sentiers est recommandé.

Redécouvrir le Kōshū Kaidō, c’est explorer un Japon discret, enraciné dans les montagnes et les vallées centrales. Cette ancienne voie relie non seulement des lieux, mais aussi des histoires, des savoir-faire, et des traditions régionales. Un itinéraire pour voyageurs curieux, à la recherche d’authenticité et de paysages intacts.

Si cet article vous a apporté des informations utiles et peut aider d’autres voyageurs à préparer leur séjour, un avis Google en cliquant sur l’image suivante sera toujours apprécié.

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