La Gokaido, ou les « Cinq Routes du Japon », constitue un réseau majeur de voies de communication mis en place pendant l’époque Edo. Loin d’être de simples chemins anciens, ces routes témoignent d’un pan essentiel de l’histoire japonaise. Elles reliaient Edo aux régions stratégiques du pays, structurant les échanges, les flux de personnes et les dynamiques culturelles. Aujourd’hui, suivre les traces de la Gokaido permet d’accéder à un Japon profond, ponctué de paysages préservés, de vestiges historiques et de traditions toujours vivantes.
Carte Interactive de la gokaido
Origines et fonction de la Gokaido
La mise en place de la Gokaido remonte au début du XVIIe siècle, sous le shogunat Tokugawa. L’objectif était clair : renforcer le pouvoir central en facilitant le contrôle administratif, militaire et commercial du pays. Chacune des cinq routes partait d’Edo (aujourd’hui Tokyo), cœur du pouvoir politique, pour desservir d’autres pôles majeurs.
Les routes étaient aménagées avec soin, ponctuées de relais appelés shukuba, où les voyageurs pouvaient se reposer, changer de monture, se restaurer ou passer la nuit. Ces relais devinrent rapidement des microcosmes animés, mêlant auberges, artisans, marchands et parfois artistes itinérants.
Le Tokaido : axe maritime vers Kyoto
Le Tokaido, littéralement « route de la mer de l’Est », était la plus fréquentée et la plus prestigieuse des cinq. Elle reliait Edo à Kyoto sur plus de 500 km. Célèbre pour ses 53 relais, elle a été immortalisée par Utagawa Hiroshige dans ses célèbres estampes.
Traversant des villes comme Hakone, Shizuoka ou Nagoya, le Tokaido longeait l’océan Pacifique tout en offrant des vues exceptionnelles sur le mont Fuji. Aujourd’hui encore, de nombreuses sections anciennes sont conservées, notamment à Hakone-juku et Mariko-juku, offrant une atmosphère évocatrice de l’époque Edo.
Le Tokaido est aujourd’hui en partie doublé par le trajet du Shinkansen, permettant une lecture contemporaine de cet itinéraire ancestral.
Le Nakasendo : traversée des montagnes
Le Nakasendo, ou « route à travers la montagne », constituait une alternative au Tokaido, préférée en cas d’intempéries ou pour des raisons politiques. Longue de près de 540 km et jalonnée de 69 relais, elle reliait aussi Edo à Kyoto, mais en passant par les Alpes japonaises.
C’est sur cette route que l’on trouve les villages de Tsumago et Magome, deux shukuba parfaitement restaurés, aujourd’hui protégés et prisés des randonneurs. Le sentier entre ces deux relais est un des plus accessibles et évocateurs du Japon, avec ses pavés, ses forêts de cèdres et ses maisons en bois à l’architecture traditionnelle.
Le Nakasendo est idéal pour les voyageurs souhaitant marcher plusieurs jours en immersion dans un cadre naturel et historique.
Le Koshu Kaido : route des contreforts du mont Fuji
Le Koshu Kaido reliait Edo à la région de Kofu (dans l’actuelle préfecture de Yamanashi), en passant par les contreforts du mont Fuji. Moins fréquentée que le Tokaido ou le Nakasendo, elle avait néanmoins un rôle stratégique, notamment pour le transport de vin local, d’où son surnom actuel de « route des vignobles ».
Le paysage y est marqué par les montagnes, les vallées et les rivières, avec de nombreux sanctuaires, notamment le sanctuaire Takeda, associé au célèbre seigneur Takeda Shingen. On y trouve également des ruines de châteaux féodaux et des sources thermales, ce qui en fait un itinéraire attrayant pour les amateurs d’histoire et de nature.
La région de Kofu, traversée par cette route, est aujourd’hui l’un des centres viticoles du Japon, ajoutant une dimension œnogastronomique à l’expérience.
Le Nikko Kaido : voie vers les sanctuaires sacrés
Le Nikko Kaido reliait Edo à Nikko, ville célèbre pour abriter le sanctuaire Toshogu, où repose Tokugawa Ieyasu, fondateur du shogunat. Cette route courte, d’environ 140 km, était principalement utilisée lors de processions officielles et de visites pieuses.
Le chemin passe par des zones boisées, des ponts anciens comme le célèbre Shinkyo à Nikko, et de petits villages dont certains conservent encore des éléments de l’époque Edo. Le Nikko Kaido est aujourd’hui partiellement visible dans la ville moderne, mais des efforts de préservation permettent encore d’en saisir l’essence, notamment autour de la ville de Nikko.
Pour les voyageurs séjournant à Tokyo, cette route est idéale pour une excursion culturelle d’une journée ou deux.
L’Oshu Kaido : vers les terres du nord
Moins connue mais historiquement importante, l’Oshu Kaido était la voie qui reliait Edo à la région de Mutsu, dans le nord de Honshu. Elle passait notamment par Utsunomiya, Fukushima et Sendai, permettant l’accès aux terres plus éloignées et souvent isolées du nord.
Cette route permettait d’acheminer les produits agricoles, mais servait aussi de voie militaire vers les territoires frontaliers. Aujourd’hui, certains segments sont encore visibles dans la région du Tohoku, notamment autour de Hiraizumi, site classé pour ses temples et ses jardins bouddhistes.
Les paysages y sont marqués par des montagnes plus sauvages, des rizières et des villages rustiques, avec une ambiance plus contemplative.
Les relais et villages shukuba : cœur battant de la route
Les relais (shukuba-machi) constituaient la colonne vertébrale logistique et sociale de la Gokaido. Chaque village était organisé autour de plusieurs établissements : auberges (honjin pour les nobles, hatago pour les voyageurs ordinaires), maisons de thé, écuries, magasins.
Narai-juku, sur le Nakasendo, est l’un des exemples les mieux conservés, avec ses maisons de bois noirci, ses ruelles étroites et ses lanternes anciennes. Ces villages ne servaient pas uniquement de halte, mais étaient des lieux de rencontre et d’échange.
Certains shukuba ont disparu avec le temps, mais d’autres ont été restaurés ou reconstitués, souvent avec l’appui des communautés locales soucieuses de préserver leur patrimoine.
Comment découvrir la Gokaido aujourd’hui
Explorer la Gokaido n’exige pas de parcourir les cinq routes en entier. De nombreux itinéraires sont praticables à la journée ou sur deux à trois jours. Il est recommandé de choisir une section bien préservée, comme le sentier Tsumago–Magome sur le Nakasendo, ou les abords de Hakone sur le Tokaido.
Des circuits pédestres, cyclistes et même guidés existent pour certains tronçons. Il est aussi possible de voyager en train parallèlement à l’ancienne route et de s’arrêter dans les anciens relais pour des visites ciblées.
Prévoir de bonnes chaussures de marche, une météo favorable, et si possible un hébergement dans une auberge traditionnelle (ryokan) enrichira considérablement l’expérience.
La Gokaido dans l’art et la mémoire culturelle
La Gokaido a laissé une empreinte forte dans la culture visuelle et littéraire japonaise. Les estampes d’Hiroshige, notamment sa série sur le Tokaido, sont emblématiques. Elles permettent d’observer les paysages, l’architecture et les scènes de vie de l’époque.
Les récits de voyageurs comme ceux de Matsuo Basho illustrent aussi l’esprit de contemplation et de découverte qui animait les marcheurs de l’époque Edo. Ces œuvres continuent d’influencer les artistes et voyageurs modernes.
Marcher sur la Gokaido, c’est marcher dans les pas d’écrivains, de seigneurs et d’anonymes, tous portés par le même élan vers l’ailleurs.
Une immersion gustative le long des routes
Chaque route offre l’occasion de découvrir les spécialités locales. Sur le Tokaido, les anguilles grillées de Hamamatsu, les mochi de Shizuoka ou les confiseries de Kyoto sont incontournables.
Le Nakasendo met à l’honneur les nouilles soba, les marrons et le saké artisanal. Le Koshu Kaido permet de goûter des vins japonais issus du cépage Koshu, accompagné de fruits comme la pêche ou le raisin.
Ces découvertes culinaires ne sont pas accessoires : elles prolongent l’expérience sensorielle du voyage et permettent de mieux comprendre les terroirs traversés par la Gokaido.
Suivre les chemins de la Gokaido, c’est découvrir un Japon discret, enraciné dans son histoire et ses paysages. Ces routes ne se contentent pas de relier des points sur une carte ; elles tissent un récit ancien, fait de rencontres, d’efforts et de contemplation. Pour le voyageur curieux, elles constituent une invitation à ralentir, à observer, à comprendre le pays dans ses nuances les plus profondes.
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